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Au Sénégal, Ousmane Sonko peine à se défaire des habits d’opposant

Alors que son gouvernement n’a pas encore de mesures concrètes à faire valoir, le premier ministre tire à boulets rouges sur les médias, les magistrats et l’opposition.
 Ousmane Sonko, premier ministre du Sénégal, n’a rien perdu de la hargne de l’opposant qu’il fut. Quitte à se montrer menaçant. Dimanche 10 juin, sur l’esplanade du Grand Théâtre de Dakar, devant plusieurs milliers de sympathisants de son parti, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), il a ciblé, tous azimuts, les médias accusés de « ne pas payer leur dette fiscale », les magistrats supposément « corrompus », les « auteurs de malversations financières » qui « ne seront pas pardonnés » et « la nouvelle opposition ». Des invectives destinées à remobiliser ses partisans alors que son gouvernement n’a pas encore de mesures concrètes à faire valoir.
Face à une « jeunesse patriotique » galvanisée par ses sorties, le premier ministre, seul en scène, s’est posé en victime de l’ancien président Macky Sall. « J’ai été traîné en justice, privé de candidature [à l’élection présidentielle] parce que j’avais dit qu’il y avait un rapport qui épinglait un ministre [Mame Mbaye Niang, l’ancien ministre du tourisme]. Aujourd’hui, ce rapport est sur la table de mon bureau », a mis en garde Ousmane Sonko, promettant de « transmettre le dossier à la justice » et précisant qu’une « cinquantaine d’audits » avaient été lancés dans des secteurs variés comme la pêche, les infrastructures et le plan national de lutte contre les inondations.
« Pour M. Sonko, le but de cette conférence politique était de rassurer sa base, la séduire de nouveau pour tenter de répondre à ses attentes de plus de justice et d’équité », analyse Alassane Ndao, chercheur en sciences politiques à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis. L’opération s’imposait d’autant plus que les nouvelles autorités ont été critiquées pour leur silence après que le Collectif des victimes du régime du président Macky Sall a demandé qu’un mandat d’arrêt international soit lancé contre l’ancien président. Plus de 1 300 sympathisants du Pastef ont été emprisonnés et des dizaines d’autres tués lors de la précédente mandature.

« Démagogue, populiste et irresponsable »« Ceux qui ont pillé les deniers publics vont payer », a poursuivi le président du Pastef dans une charge contre les proches de Macky Sall, dont Mame Mbaye Niang. Mais le premier ministre ira-t-il jusqu’à remettre en cause la loi d’amnistie votée le 6 mars, trois semaines avant l’élection présidentielle du 24 mars, et dont il a lui-même bénéficié ? « Si c’était son intention, il aurait annoncé un projet de loi pour l’abroger », veut croire Moustapha Diakhaté, l’ex-chef de cabinet de Macky Sall.
La diatribe du chef de gouvernement a néanmoins semblé ranimer une opposition sonnée par sa défaite à la présidentielle. Interrogé par Le Monde, Madiambal Diagne, un proche de l’ex-chef de l’Etat, accuse ainsi Ousmane Sonko de se comporter en politicien « démagogue, populiste et irresponsable ». « Mettez-vous au travail ! », a tancé Anta Babacar Ngom, ex-candidate à la présidentielle. « Les Sénégalais attendent encore la baisse des prix des denrées, l’emploi des jeunes et la relance de notre économie », a également critiqué Bougane Gueye Dany, un autre candidat.

Les déclarations du premier ministre ont suscité la consternation jusque dans les rangs des défenseurs des droits humains, à l’image de Birahim Seck. « Votre rôle est d’apporter des solutions durables, a jugé le président du Forum civil. Vous n’êtes plus dans l’opposition mais dans la position d’apporter des réponses rassurantes et démocratiques. »
Agressif, Ousmane Sonko l’a aussi été dans une attaque en règle contre la presse sénégalaise. « La dette fiscale, c’est fini ! », s’est-il emporté contre des médias qu’il a accusés de « détournements de fonds publics » pour des impayés estimés à 39 milliards de francs CFA (59,5 millions d’euros). « Les médias ne sont pas des bandits fiscaux ni des opposants politiques », a réagi Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal : « La presse ne refuse pas de payer ses impôts mais demande une spécificité fiscale. La vision de M. Sonko est simpliste ! »

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